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Renvoyer les réfugiés de Dadaab en Somalie est « inhumain et irresponsable »

Alors que la date de la fermeture du plus grand camp de réfugiés au monde se rapproche, et que des milliers de personnes commencent à retourner dans une Somalie ravagée par la guerre, Médecins Sans Frontières demande à ce que d’autres alternatives soient urgemment considérées par les gouvernements du Kenya et par le Haut-Commissariat pour réfugiés, soutenus par les pays donateurs.

Le camp de Dadaab, Kenya
Le camp de Dagahakly  ©  Tom Maruko. Dadaab, 2015.

Dans un rapport “Dadaab: retour forcé en Somalie” publié ce jour, plus de huit refugiés sur dix affirment qu’ils ne veulent pas rentrer. Leurs principales inquiétudes sont la peur des recrutements forcés par les groupes armés, les violences sexuelles et l’absence de soins de santé.

Dans ce rapport, MSF souligne également les graves conséquences médicales qu’aurait un tel retour massif.

« Il est clair que les camps de réfugiés ne sont pas la meilleure manière de gérer une crise prolongée qui dure depuis 25 ans. Fermer un camp de réfugiés sans proposer de solutions pérennes revient à les contraindre à retourner dans une zone de conflit, où les soins médicaux sont dangereusement absents », déclare Bruno Jochum, Directeur Général de MSF. « Cette décision est une menace supplémentaire à la protection des réfugiés. Nous constatons un échec total à offrir un refuge aux personnes en danger. Les Nations unies ont elles-mêmes récemment déclaré que cinq millions de personnes risquaient la famine en Somalie. Renvoyer encore plus de gens est à la fois inhumain et irresponsable. »

Un enfant souffrant de malnutrition sévère reçoit de l'aide de MSF à Dagahaley
Un enfant souffrant de malnutrition sévère reçoit de l'aide de MSF à Dagahaley © Brendan Bannon. Dadaab, 2011. 

Somalie: un manque criant de soins de santé

A Dagahaley, un des cinq camps qui compose Dadaab, les équipes médicales de MSF ont vu des enfants arrivant de Somalie n’ayant pas été vaccinés contre des maladies évitables, ce qui indique que le système de santé est déchiré par plus de deux décennies de guerre, et que même les soins les plus basiques sont quasi-inexistants. Les femmes enceintes n’auront accès qu’aux soins minimaux, mettant leur vie et celle de leur bébé en danger. Les personnes qui souffrent de maladies chroniques sont aussi à risque, qu’elles soient diabétiques et aient besoin d’insuline ou qu’elles souffrent d’hypertension et nécessitent une continuité dans leur traitement.

Une infirmière MSF ainsi qu'une patiente et son enfant dans la maternité de Dagahaley
Une infirmière MSF ainsi qu'une patiente et son enfant dans la maternité de Dagahaley © Tom Maruko/ MSF. Dadaab, 2015. 

Les patients en santé mentale sont également en danger imminent. A Dagahaley, 70% des patients en santé mentale de MSF sont sous traitement. « Si un patient qui souffre de psychose se voit retiré ses médicaments, ses fonctions cognitives et son comportement fonctionnent à l’envers », explique Liesbeth Aelbrecht, Cheffe de mission pour MSF au Kenya.

Un appel au Kenya, au HCR et aux pays donateurs : Il y a urgence

86% des personnes interrogées à Dagahaley ne veulent pas rentrer en Somalie. Le sentiment d’insécurité est puissant et presque tous, hommes et femmes confondus, ont qualifié d’élevé le risque de violences sexuelles. MSF remet donc en question la nature volontaire des retours facilités par le HCR.

 « Il est crucial que les retours soient volontaires, et que les réfugiés aient toute l’information nécessaire sur les services et les conditions qu’ils vont rencontrer en Somalie ». explique Aelbrecht.

Une famille originaire de Somalie devant leur abri près du camp de réfugiés de Dagahaley © Nenn Arnold
Une famille originaire de Somalie devant leur abri près du camp de réfugiés de Dagahaley © Nenn Arnold/ Dadaab, 2010. 

MSF tient à rappeler que la mise en place de camps similaires à Dadaab de l’autre côté de la frontière n’est qu’un transfert de responsabilité et revient à abandonner la protection des réfugiés. D’autres solutions plus durables devraient être considérées urgemment, telles que l’établissement de plus petits camps au Kenya, davantage de réinstallation dans des pays tiers ou l’intégration de réfugiés dans les communautés kenyanes. Ainsi, MSF appelle la communauté internationale à partager la responsabilité du gouvernement kenyan.

 «Il est inacceptable qu’aucune autre solution ne soit offerte, que des milliers de personnes soient refoulées vers un conflit et une crise sévère : soit exactement les conditions qu’ils ont fuies », conclut Aelbrecht.

MSF à Dadaab

MSF n’accepte pas de fonds institutionnels pour ses projets à Dadaab – tous les fonds viennent de donateurs privés.

MSF travaille à Dadaab depuis 1992 et est actuellement la seule organisation médicale dans le camp de Dagahaley. Le personnel travaille dans un hôpital de 100 lits et deux centres de santé à Dagahaley, où des soins de santé primaire et de santé mentale, de la chirurgie, des soins prénataux, des traitements pour le VIH et la tuberculose sont dispensés. En 2015, 182 351 consultations ont été fournies et 11 560 patients ont été admis à l’hôpital.