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Sacrifiés par une Europe qui se referme et qui oublie son passé

Louise, qui s’occupe du plaidoyer pour MSF sur l’ile de Lesbos en Grèce, raconte la situation vécue par les réfugiés sur l’archipel et fait part de son ressenti face à l’une des plus grandes crises humanitaire à l’heure actuelle. 

« C’est l’été et la saison touristique bat son plein en Grèce, mais sur l’ile de Lesbos, on trouve plus de réfugiés, volontaires et travailleurs humanitaires que de touristes.

Le camp de Moria sur l'ile de Lesbos en juin 2017
Les conditions de vie dans le camp de Moria, sur l'ile de Lesbos © MSF. Grèce, juin 2017.

Depuis la signature du pacte entre l’Union européenne et la Turquie en mars 2016, les arrivées de réfugiés sur les iles grecques ont drastiquement diminué. Pourtant, aujourd’hui, des hommes, femmes et enfants se trouvent toujours à Lesbos. Ils ont fui leur pays et ont demandé l’asile en Grèce. Ils vivent pour la plupart dans deux camps: Kara Tepe où les familles sont principalement logées, et Moria. Ils attendent, certains depuis plus d’un an, de savoir s’ils pourront vivre en sécurité et paix en Europe. Ils ont peur, ils perdent espoir, ils désespèrent.

Dans les discours politiques, on se félicite du succès de l’accord avec la Turquie. On a résolu le problème de la migration vers la Grèce. Ceux qui arrivent encore sont soi-disant des migrants, des jeunes hommes en pleine forme qui viennent chercher du travail, mais ce n’est pas ce que l’on voit dans notre clinique de Lesbos ». 

Deux tiers de nos patients ont besoin de soins psychologiques

« Tous les jours, nous soignons des parents, des personnes âgées, des enfants et des adolescents qui viennent à nous avec une vulnérabilité incroyable. Un collègue médecin, qui a travaillé en Syrie, en Afghanistan, lors de la crise Ebola et dans bien d’autres missions d’urgence, me confiait la semaine dernière qu’il n’avait jamais vu autant de souffrance en un si petit espace et de besoins médicaux si complexes. Deux tiers de nos patients ayant besoin de soins en santé mentale ont été victimes de violence avant d’arriver en Grèce et un cinquième a été torturé. La moitié des femmes qui sont venues cette année pour une consultation gynécologique ont été victimes de violences sexuelles.

Le camp de Moria sur l'ile de Lesbos en juin 2017
Le camp de Moria sur l'ile de Lesbos en juin 2017 © MSF. Grèce, juin 2017.

Quand je le peux, je passe du temps dans la salle d’attente de notre clinique à Lesbos. C’est un endroit rempli de personnes et de vies incroyables. Lors de ma dernière visite, j’ai remarqué deux hommes congolais d’une trentaine d’années. Ils sont le stéréotype parfait du migrant économique qu’on tente à tout prix de renvoyer en Turquie, ou chez eux. Ayant vécu plus de deux ans au Congo, je reconnais leur langue et leur formidable ‘sape’. On parle de Kinshasa et de leur vie sur Lesbos. Ils sont là depuis plus de six mois et vivent dans un squat par peur de se faire arrêter par la police et déporter. L’un d’entre eux est victime de torture: il boite et des cicatrices sont visibles sur ses bras. L’autre a passé six mois en détention pour avoir protesté contre le gouvernement. 

Ces deux hommes, comme des milliers d’autres en Grèce, ont été sacrifiés par une Europe qui se referme et qui oublie son passé. Alors on continue de se battre, pour leur santé, leurs droits et leur dignité. Et pour notre humanité. »

Louise
Témoignage de

Louise

Plaidoyer pour MSF